Bienvenue dans la machine à remonter le temps : Mulhouse, cap vers 1990 !
Il paraît que Mulhouse a trouvé son DeLorean. Pas besoin de 88 miles par heure, pas besoin de condensateur de flux : il suffit d’un nouveau maire, d’une décision prise dans le dos des habitants, et hop, retour vers le passé assuré.
L’Avenue Aristide Briand, vous vous en souvenez ? Cette artère qu’on avait, après des mois de travaux, des tonnes de béton remplacées par des surfaces perméables, des arbres replantés, des pistes cyclables tracées avec soin, cette avenue qu’on avait, disons-le franchement, civilisée, va retrouver ses vieux amours. Ses anciens locataires. Ses pneus qui crissent, ses pots d’échappement qui toussent, ses rétroviseurs qui frôlent les guidons de vélo.
Le maire a décidé. Sans vous demander votre avis. Sans commission. Sans réunion publique. Sans même un post Facebook ce qui, convenez-en, constitue aujourd’hui le minimum syndical de la démocratie participative.
Alors, qu’est-ce qui s’est passé, exactement ?
En décembre 2025, oui, décembre 2025, soit il y a à peine quelques mois, la ville inaugurait en grande pompe son plan « Mobilités Douces ». Discours, banderoles, peut-être même un gâteau. L’Avenue Aristide Briand devenait le fleuron de cette politique : plus d’embouteillages, plus de pollution au ras du bitume, plus de cyclistes réduits à jouer à Frogger entre les camionnettes.
À la place : de l’air. De l’espace. Des gens qui marchent sans regarder derrière eux. Des vélos qui circulent sans mourir de peur. Des surfaces intelligentes, perméables, conçues pour recueillir l’eau de pluie et l’acheminer vers les racines des arbres nouvellement plantés. Une avenue qui respire.
Durée de vie de ce rêve urbain : environ huit mois.
Parce que les commerçants seraient mécontents.
Voilà l’argument. Les commerçants de l’avenue et ceux du marché couvert voisin auraient exprimé, dans quelles conditions, lors de quel échange, on ne sait trop, le souhait que les voitures reviennent. Et le maire, galant, a dit oui.
On ne remettra pas en cause le droit des commerçants d’avoir des clients. C’est légitime. C’est même plutôt raisonnable comme ambition commerciale. Mais on se permettra d’observer que, dans la plupart des villes qui ont piétonnisé ou pacifié leurs centres, le commerce n’a pas coulé. Au contraire. Les études le montrent, les exemples abondent, de Lyon à Bordeaux en passant par des dizaines de villes européennes.
Mais bon. Qui a besoin d’études quand on a un coup de fil mécontent ?
Ce qui attend l’avenue Aristide Briand, concrètement :
- Des voitures. Et des véhicules de livraison. Sur une voie qui n’a pas été élargie.
- Des cyclistes qui devront se fondre dans ce flux, sans piste dédiée, sans protection.
- Des bus qui ne pourront plus dépasser les vélos coincés derrière les voitures coincées derrière les livraisons.
- Des ambulances et des pompiers qui, en cas d’urgence, trouveront une avenue trop étroite pour se frayer un chemin.
- Des surfaces perméables, conçues pour gérer les eaux pluviales, qui se retrouveront sous les roues de véhicules pour lesquels elles n’ont absolument pas été dimensionnées.
- De l’huile. Du carburant. Des microparticules de pneus. Dans l’eau. Vers les racines des arbres.
Oui. On arrosera les arbres nouvellement plantés à l’huile de vidange. Symboliquement, c’est presque beau.
Mais ne désespérons pas.
Ce blog existera, pendant vingt-deux jours, pour documenter, analyser, se moquer gentiment, interpeller fermement, et rappeler chaque matin, ce que cette décision signifie vraiment pour Mulhouse.
Aristide Briand, l’homme qui a donné son nom à cette avenue, était un pacifiste, un diplomate, un bâtisseur de ponts. Il a même reçu le Prix Nobel de la Paix.
On imagine qu’il apprécierait moyennement de voir son nom sur une avenue à embouteillages.
✍️ Vous partagez cette indignation ? Signez la pétition pour défendre l’Avenue Aristide Briand et ses mobilités douces : 👉 Signez la pétition sur le site de l’Axe Briand/Franklin
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Rendez-vous demain.
— La Rédaction, depuis un vélo, prudemment sur le trottoir













