Voiture thermique : la fin d’un modèle ?
Un signal qui ne trompe pas
Donald Trump a récemment évoqué la possibilité de suspendre les exportations de diesel raffiné vers l’Europe. Une annonce qui, si elle se confirme, pourrait faire grimper le prix du gasoil jusqu’à 3,90 € le litre en France. Mais au-delà de cette annonce ponctuelle, c’est toute une tendance de fond qui se dessine : les tensions géopolitiques, l’épuisement progressif des ressources fossiles et l’instabilité des marchés pétroliers rendent le prix du carburant de plus en plus imprévisible, et structurellement orienté à la hausse.
Ce n’est plus un scénario du pire, c’est une réalité à laquelle il faut désormais se préparer. Et cette réalité pose une question simple : peut-on encore raisonnablement fonder nos déplacements quotidiens sur un moteur thermique ?
Le thermique, un modèle à bout de souffle
Techniquement, économiquement, écologiquement, le moteur à essence ou diesel accumule les handicaps.
Sur le plan économique, dépendre d’un carburant dont le prix peut s’envoler du jour au lendemain, au gré des décisions d’un gouvernement étranger ou d’un conflit à l’autre bout du monde, n’a plus rien de rationnel. C’est une dépendance que subissent chaque jour les ménages, les artisans, les commerçants qui livrent leurs marchandises.
Sur le plan écologique, le constat est déjà largement établi : pollution atmosphérique, émissions de gaz à effet de serre, nuisances sonores. Le thermique reste l’un des premiers postes d’émissions dans les villes françaises.
Sur le plan urbain, enfin, la voiture individuelle occupe un espace disproportionné par rapport à son efficacité réelle : un embouteillage de voitures individuelles transporte infiniment moins de personnes qu’un même espace occupé par des bus, des vélos ou des piétons.
Dans ce contexte, continuer à organiser la ville autour de la voiture thermique, c’est un peu comme continuer à investir dans le Minitel à l’aube d’Internet. Le modèle a fait son temps. Il s’agit maintenant de construire ce qui vient après.
Alors, quelles alternatives ?
La bonne nouvelle, c’est qu’elles existent, qu’elles sont déjà largement éprouvées dans de nombreuses villes, et qu’elles peuvent répondre à la quasi-totalité des besoins de déplacement du quotidien. Tout dépend simplement de la distance à parcourir.
Pour les trajets du quotidien, moins de 10 km
C’est ici que se joue l’essentiel : en ville, la grande majorité des déplacements se fait sur de courtes distances, largement à la portée des mobilités actives.
La marche à pied, d’abord, reste la solution la plus simple, la moins chère et la plus saine pour tous les trajets de proximité, vers les commerces, le marché, l’école ou le travail. Elle ne demande qu’une chose : des trottoirs sûrs, continus, et agréables à parcourir.
Le vélo, ensuite, y compris à assistance électrique, permet de couvrir sans effort des distances de 5, 8, voire 10 km en un temps souvent comparable, voire inférieur, à celui de la voiture en ville. Son coût d’usage est incomparablement plus faible : ni carburant, ni assurance coûteuse, ni stationnement payant. Il suffit, pour cela, de lui offrir de véritables pistes cyclables, séparées du trafic motorisé, et non de simples bandes peintes sur la chaussée.
Les transports en commun, enfin, constituent la colonne vertébrale de la mobilité urbaine. Un bus ou un tramway fréquent et fiable transporte, sur un même espace, des dizaines de fois plus de voyageurs qu’une file de voitures individuelles. Investir dans leur régularité et leur fréquence, c’est investir dans une solution qui bénéficie à tous, y compris à ceux qui n’ont pas d’autre choix que les transports en commun pour se déplacer.
Pour les trajets plus longs, au-delà de 10 km
Lorsque la distance dépasse ce seuil, notamment pour les habitants de la périphérie ou des communes environnantes, d’autres solutions prennent le relais.
Le covoiturage organisé permet de diviser par deux, trois, voire quatre le nombre de véhicules en circulation pour un même nombre de trajets. Des aires de covoiturage bien situées, en entrée d’agglomération, facilitent grandement cette pratique, à condition qu’elles soient identifiées et accessibles.
Les parkings-relais (P+R) offrent une solution complémentaire efficace : garer son véhicule en périphérie, puis rejoindre le centre-ville en bus, en tramway ou même à vélo. Cette rupture de charge évite de faire entrer inutilement des véhicules individuels dans des zones déjà denses.
Le train et les transports interurbains, enfin, restent une option pertinente pour les trajets réguliers, notamment domicile-travail, sur des distances où la voiture individuelle perd tout son intérêt en termes de coût et de confort.
Changer de modèle, pas seulement de carburant
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement la seule question du prix du gasoil. Il s’agit de repenser en profondeur la manière dont on se déplace en ville, et d’accepter que le modèle centré sur la voiture individuelle thermique touche à sa fin.
Les alternatives existent, elles sont accessibles, elles sont souvent plus économiques, et elles répondent déjà, dans de nombreuses villes, aux besoins réels des habitants. La question n’est donc plus de savoir si elles fonctionnent, mais quand nous choisirons collectivement de leur donner enfin la place qu’elles méritent.













